L’automne et toutes ses couleurs que les autres ne voient pas.

L’automne prépare ses mélanges de couleurs. Il les étendra bientôt sur le grand canevas de la région. Pendant quelques temps, il y aura une petite orgie de couleurs rougeoyantes et de craquements invétérés sous la botte de pluie. Si le commun des hommes ou des femmes, je suis pas sexiste pour une cenne noire, ne semblent pas s’enticher de cette saison de soupe lipton et de buche dans le poêle à bois, moi j’en mettrais épais sur mes toasts le matin.

J’aime m’asseoir près de l’entrée de l’atrium du DKN. Les portes sont lourdes, très lourdes, et c’est constamment un exploit de voir une fille l’ouvrir du premier coup. C’est un concours de face surprise qui se frappe au défi du jour : pousser les pesantes portes de cet aquarium de l’Université Laval. Ça va probablement avoir l’air creepy, mais vous m’arrachez un sourire à chaque fois, mesdemoiselles.

Aujourd’hui, le soleil nous réchauffait une dernière fois pour un bon moment. Il avait même envie d’un concert de combustion spontanée. Je me sentais crépiter comme une bouilleoire qui siffle. Tsé, qui siffle vraiment fort. À l’arrêt d’autobus, en pleine banlieue paisible, les abeilles paradaient près de mes oreilles dans l’espoir sûrement de goûter à mon parfum. Elles m’ont toujours fait chier les abeilles. Le bourdonnement, le dard, la douleur, l’enflure, fuck le miel, ça compte pas! Elles m’ont pourtant sans cesse trouvé exquis, je dois ressembler à un pot de miel ou quelque chose du genre. Je ne sais pas si je devrais m’en vanter d’ailleurs.

Il fallait donc savourer la tempête de rayons gammas et d’ultra-violets qui s’abattait sur notre future peau blanche en devenir. J’espère sincèrement que vous avez pris le dernier grand verre de soleil d’été, c’était pas une générale, c’était le show, le party, le concert.

En revanche, ce n’est pas parce qu’on tourne le dos au mois d’août qu’il faut arborer une mine déconfite. Digne de la déception qui nous assaille lorsqu’on réalise, en tremblant de rage, qu’il ne reste plus assez de lait pour mouiller nos céréales. Que le mince filet blanc qui s’échappa alors de la pinte de lait verte deux pour-cents de Québon n’était en fait qu’une éjaculation précoce, rien de bien alléchant. L’image est répugnante, je vous en conviens, mais elle représente bien l’amertume causée par cette trop faible quantité de lait dans la bouteille.

L’automne pour moi, c’est aussi réconfortant que la toune de Jurassic Park. Come on. C’est sûr que tu la connais. À moins d’avoir 14 ans, mais même à ça, tu devrais avoir vu ce film homérique. Moi quand j’entends les premières notes de cette pimpante pièce d’anthologie musicale occidentale, j’ai l’impression que le monde est à moi. Les œufs de dinosaures pis toutes, le bonheur, les châteaux en Espagne, la Tour Eiffel, le Château d’If, l’Hermitage et la forêt primaire de Bialowieza en Biélorussie.

C’est également la saison des chemises longues, des gilets de laines, des tuques pis des cafés improvisés à la brûlerie du coin. Vous en conviendrez, l’odeur d’un café fraîchement torréfié (on dirait une mauvaise pub de Tim Horton) mixé à un temps frais mais clément et des arbres qui font le party en changeants de couleurs et en tombant par terre, c’est nice. En tous cas, moi je trouve ça beau.

Tu reviens de la job ou d’un cours pénible en droit administratif et en déambulant dans les rues sombres, parce qu’à 6h30 maintenant, il fait noèèèrrrrre, vient à la rencontre de tes narines une douce et chimérique odeur de feu de foyer. Le genre qui te donne envie de te téléporter dans ton salon avec les flammes comme best buddy pis le chien couché sur tes pieds. Le genre d’image que les filles se font quand elles pensent à une soirée d’automne parfaite qu’on retrouve sur pinterest ou mieux dans une maladroite tentative d’instagrammer son existence mais avec un appareil photo de cellulaire moche, ça donne des résultats qui font marrer et surtout pas rêver. Désolé.

C’est la saison précurseur de Noël. On a tendance à oublier ce détail. Ça tapisse notre vie en prévision de ce beau moment de l’année qui annonce justement que c’est achevé pour 365 jours déjà. Le mois de décembre emporte avec nous bon nombre de souvenirs familiers et d’histoire perdues et c’est parfois pour le mieux. Mais octobre nous stick un sourire sur la face quand approche le 31. Juste de penser que cette année il va y avoir des gars déguisés en Hercule mais avec 150 lbs de muscle en moins dans les bars de la Grande-allée, ça m’amuse en tabarnac.

On dit souvent que le bonheur c’est un peu quand le temps s’arrête, que tout le reste, tout ce qui compte habituellement descends du podium pour laisser place au moment présent. Pour moi à l’automne, le temps s’arrête un peu.

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