Darwin et le bonheur.

L’autre soir, il faisait pas beau : une grosse pluie sale triste à l’excès. Exactement le genre de température qui devait inspirer les nouvelles de Maupassant. Pour pimper mon moral, miné en prime par un examen suicide qui avait été une calamité, j’ai décidé de me faire des grilled cheese à la moutarde baseball. C’est une appellation contrôlée unique à mon chum de gars, c’est la moutarde jaune comme Big Bird dans Sesame Street.

Ben oui toé chose, c’est pas un secret de polichinelle, manger des grilled cheese remonte le moral. En complément à toute cette extase de fromage orange, Thom Yorke se fait aller la gueule en trame de fond.

Il m’est venu à l’esprit une idée saugrenue, celle d’appliquer la théorie de la sélection naturelle à la notion moderne de bonheur. À travers les trois derniers siècles, les auteurs se sont multipliés en conjecture – parfois maladroites et d’autres fois géniales – pour mettre le doigt sur l’asti de «pursuit of happiness».

(Laisson Kid Cudi en dehors de tout ça. Mais si la toune se met à crier dans votre tête, ça peut pas vous nuire. Right?)

Néanmoins, même le dantesque savoir de ses écrivains et philosophes que j’admire s’est limité à une compréhension réduite de la chose. Comment leur en vouloir?

Moi, ça me chicote le biscuit depuis que j’ai onze ans. Le jour où je n’ai pas reçu ma lettre pour Poudlard, j’ai retroussé les manches de ma chemise de moldu. Je passerai donc, au moins quarante-huit saisons back to back, à me tortillonner la petite âme sur ce mot de sept lettres.

La notion de bonheur m’a toujours obscurément fasciné. Accompagnant mes pires voyages et mes plus beaux vestiges d’allégresse. Toujours, il aura fallu que je cherche sa définition, que je découvre l’aiguille dans la botte de foin même si elle n’existait pas à chaque fois.

C’était un impératif, s’efforcer d’expliquer pour mieux vivre l’instant présent. Quelle foutaise de grand talent! Un cru prestigieux que j’ai su collectionner au gré des rires et des années. À défaut d’être sans cesse heureux, je voulais définir la joie. C’était la première erreur, d’une longue mais précieuse série d’efforts garnis de commotions cérébrales et de blessures de l’amour propre.

La théorie de la sélection naturelle pour la plèbe, se résume à un film hollywoodien avec Stallone criant à qui veut bien l’entendre, entre 25 chargeurs de mitraillette et une blague poche, que c’est la loi du plus fort qui triomphe dans l’impitoyable royaume des hommes. La fin est trop poétique pour Rambo, généralement, ce sont des monosyllabes ou des grognements parce que le registre stallonien n’est pas super épanoui et plutôt guttural. Il faut d’ailleurs lui pardonner ce particularisme. (Adrienne me vient tout de suite en bouche.)

Pour cette tranche de baloney délicieuse de la société, c’est ça Darwin criss. Ben oui, je dois sur-le-champ me mettre aux arts martiaux et me piquer la cuisse dans l’heure qui vient. Pauvre toi, tu es comme le sous-marin combiné de viandes froides, personne n’en veut.

Pour Charles Darwin qui maitrisait aussi bien l’art de la barbe que la biologie, le concept de sélection naturelle est loin d’être associé à la loi du plus fort. Comment expliquer que les petits mammifères et les insectes aient survécu au détriment des dinosaures? La sélection naturelle repose d’abord et avant tout sur la survie du mieux adaptés.

Vous vous dites sûrement, mais il veut en venir où sacrament avec son histoire de bonheur.

Le bonheur moderne justement, c’est pas la loi du plus fort. C’est pas le bonheur le plus fort qui l’emporte nécessairement ni le plus beau pis le plus intelligent pis le plus sexy pis le plus hot pis le plus han pis le plus ouff : it’s the real shit.

Le vrai bonheur – pour moi – c’est savoir s’adapter aux gros accidents et aux petites catastrophes de ton existence. La mort de ton grand-père, la perte de ta meilleure amie parce que tu t’es permis de juger son amour, le cours de mathématique où tu n’auras jamais A+, la blonde que tu as mal aimée et les fiascos qui ont coutume de peupler tes vingt ans.

La taille du malheur importe peu, ça fait toujours mal, ce qui compte c’est la manière de s’en remettre. S’adapter aux aléas dévastateurs de sa vie, c’est une force qu’on choisit ou pas de développer. Je pense que ceux qui sont capables de cette résilience auront tendance à fricoter plus facilement avec le bonheur.

Mais la douleur apprend à tout perdre et à devenir ce qu’on ne pensait probablement, ne jamais être.

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