L’amour au temps d’Ebola.

De temps en temps, j’aime que ma bouche se fasse violence. Qu’elle balance au visage de mon interlocuteur une question bien sentie, en visant toujours le cœur. Surtout quand il est question du royaume essoufflant des sentiments : le cimetière des relations humaines me turn on.

La bombe que je préfère larguer est atomique mais surtout placide. Elle n’est pas là pour déchirer. Pourtant, les sinistres dégâts qui s’en émanent sont souvent majestueux et dégueulasses à la fois.

«Pourquoi tu l’aimes ton chum, Steph?»

Le regard d’oeufs brouillés fielleux qu’on me sert – même pas à l’heure du déjeuner – a toujours le mérite de me creuser l’appétit. Un insupportable cocktail de tristesse, d’ignorance et de haine s’empare généralement de mes victimes. Il faut le dire, je les aime d’amour mes proies et les faire réfléchir est ma seule torture. Tout compte fait, elles souffrent délibérément et sans mes bonnes grâces.

«Ben je sais pas trop. C’est ben une question niaiseuse.»


«C’est vrai que c’est nono les raisons pour lesquelles tu habites avec Fred depuis deux ans en appartement. J’osais pas t’en parler…»


Soupir. Je ne suis pas né de la dernière neige (il faut savoir s’adapter aux saisons). Bien sûr, il arrive toujours un moment où nos sentiments sont si forts que l’on n’arrive pas à en expliquer la teneur. Impuissant à fournir la raison qui pousse notre être tout entier à être attiré vers notre nord magnétique personnel de 5 pieds et 5 pouces avec une paire de lunette charmante et des jupes éclatantes par exemple.

Ne pas savoir pourquoi on aime me terrifie. C’est grotesque d’être inapte à expliquer pourquoi tu joues au hockey avec les boys depuis 17 ans maintenant. Il arrive aussi que les mots pour raconter une ardeur nous restent au fond de la gorge, quelque fois au creux du ventre et d’inhabituelles fois au beau milieu de nos entrailles. Chacun voit grandir en lui un volcan qui menace d’exploser à tout moment et c’est d’ailleurs la plus belle chose au monde.


«T’es cave. Je suis ben avec. Il est beau pis toutes.»
«Pis toutes?»

Mais là, c’est l’être humain que tu as – dans le meilleur des mondes possibles – envie de voir tricoter sur son fauteuil de tweed dans soixante ans. Avec qui tu as envie de cuisinier un kraft diner aux saucisse hot-dog pis que tu veux amener au Zoo au moins au une fois dans ta vie pour admirer un troupeau de zèbre avec. C’est simple de même.

Ça me fait rire et ça me met en profond tabarnac quand un ami proche est incapable de répondre à ma question nucléaire. Tsé, aucun effort. Zéro. Même pas d’essais et d’erreurs cute. Encore moins une onomatopée de ravissement ou de la salive gaspillée. Nada.


Si ça se termine comme ça : «Excuse gros, faut que j’aille manger un hot-dog au Valentine.»

Ça vaut pas la peine de revenir me voir. Je te souhaite même de croquer une dent de porc en mangeant ton rotteux. Une dent de vache avec. Calvasse.

Je me plains la bouche pleine, j’en suis conscient. Parce que ces personnes-là aiment à plein régime et ça me suffit. Je ne suis pas là pour juger l’amour des autres. Si leur silence m’indigne si fort, c’est que ma propre réponse à cette question m’apparaît d’une évidence démesurée. Comme seul un homme peut le faire, je fais l’erreur de croire que l’essentiel est ostensible pour tous.

«Pis toi, pourquoi tu l’aimes han?»

C’est tellement simple. C’est la réponse d’examen la plus facile de ma vie. Sa nonchalance vient me chercher comme l’injustice m’enrage. Et elle me séduit tellement fort dans sa volonté de ne pas me séduire, que je ne peux tout simplement pas m’empêcher de l’aimer.

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