Ce que goûte l’impuissance.

Je dégustais un délicieux thé chinois aux arômes révoltés en compagnie de ma meilleure amie. C’était le genre d’après-midi apaisant où l’on prétend réaliser des devoirs, mais au lieu de ça, on se bombarde de questions et on déblatère dans une atmosphère dépourvue de culpabilité.

Par-delà la fenêtre, le froid semblait avoir coagulé les passants et les voitures qui se faufilaient à travers les petites rues de Limoilou. La neige vraisemblablement possède le talent éphémère de ralentir le temps.

Alternant entre une gorgée brûlante et un rire tintant, mon esprit vagabondait aux quatre coins du salon. Mon âme se trainait les pieds littéralement en poussant des soupirs étoffés.  Je pensais à ce sacro-saint sentiment qui s’immisce à l’intérieur de nous comme le poison du scorpion et qui finit par nous paralyser de fond en comble : l’impuissance.

C’est une expérience que je fuis délibérément, car elle m’est particulièrement douloureuse. Toujours est-il que la nature même de l’impuissance c’est de ne laisser personne indifférent. Il n’existe hélas pas de prédateurs assez forts pour résister à sa morsure intempestive.

Le plus accablant c’est lorsque ce sont des chagrins d’amour ; quand on voudrait subtiliser toute la douleur de l’autre, toutes ses tumeurs malheureuses qui rongent son quotidien.

Ce qu’on ne semble pas vouloir assimiler décemment, ni croire suffisamment fort pour annihiler toute trace de cette incapacité : c’est qu’il y a des choses – petites et grandes – qui dépassent largement le cadre de notre volonté.

Même si je l’écris aujourd’hui avec une sagesse qui ne me ressemble pas, j’ai la certitude agaçante que j’y ferai face une seconde fois sans être en mesure d’appliquer toute cette retenue, ce semblant de raison.

Dehors, le blanc avait laissé la place au noir avec indifférence. Les lampadaires se dressaient comme des étoiles qui manqueraient de confiance. Le temps avait rattrapé le fil de mes pensées et gagné la course. Lorsque le liquide maintenant glacé traversa le barrage de mes lèvres pour tomber dans ma gorge, il était si amer qu’il me rappelait le goût de l’impuissance.

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